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Hommages à Jean Moulin - Paul Bernard
Entretien avec M. Paul Bernard
M. Paul Bernard est Préfet de région honoraire,
Président d’Honneur de l’Association du Corps préfectoral,
Vice-Président de l’Institut français des Sciences administratives.


Gens Illustres de chez nous : Jean Moulin

Entretien radio (20 mn) avec M. Jean-Marie Rouvier
diffusé en avril 2009 par RCF Maguelone Hérault

Vous pouvez l'écouter ci-contre :  


avec l'aimable autorisation de M. Paul Bernard, M. Jean-Marie Rouvier et RCF Maguelone Hérault.





Hommage à Jean Moulin prononcé par M. Paul Bernard à la préfecture de l’Hérault à Montpellier, le 21 Juin 2013.


Nous sommes heureux de partager un moment de grâce républicaine, qui a du prix aujourd’hui dans un monde de bruit et d’inquiétude, pour méditer quelques instants à la mémoire de Jean Moulin.

Le lieu qui nous réunit est propice à notre réflexion : la préfecture, maison de l’État et de la République, au cœur de la place des Martyrs de la Résistance, dans le souvenir de l’hôtel du Ganges qui fut la résidence de l’Intendant, ancêtre du préfet et chargé sous la Monarchie de veiller à l’unité du pays et au bien commun des Français.

Par-delà nos différences de générations, de professions, d’engagements, nous représentons une image vivante de la France d’aujourd’hui.


Je remercie mon collègue et ami, le préfet de région Pierre de Bousquet de Florian, de m’avoir confié l’honneur redoutable de rendre hommage à Jean Moulin. Ma satisfaction est très grande car j’ai eu la chance tout au long de ma carrière préfectorale de mettre mes pas dans ceux de notre grand Ancien. En effet j’ai retrouvé sa trace et son souvenir à Albertville lors des Jeux Olympiques d’Hiver, à la préfecture de l’Aveyron à Rodez, à la préfecture de région Centre à Orléans proche de Chartres, à la préfecture de la région Rhône-Alpes à Lyon, capitale de la Résistance, où j’ai pu dialoguer avec Raymond Aubrac ainsi qu’avec le docteur Dugoujon, devenu conseiller général, et dont le cabinet médical avait accueilli Jean Moulin et ses amis le jour de l’arrestation à Caluire. Enfin, comme président de l’Association du Corps Préfectoral, j’avais eu l’honneur à Paris en 1993 de ranimer la flamme sur la tombe du Soldat Inconnu sous l’Arc de Triomphe de l’Etoile, pour le 50e anniversaire de la disparition de notre héros, en présence de nombreux collègues préfets et sous-préfets.


On ne peut s’approcher qu’avec une infinie humilité et une démarche respectueuse, du monument d’un tel Chevalier de la République. André Malraux a brillamment retracé l’épopée tragique de ce grand résistant accueilli au Panthéon le 19 décembre 1964. Très modestement je voudrais appeler notre attention sur l’enseignement de cette vie incomparable et exemplaire. Pour les Montpelliérains que nous sommes, notre devoir n’est-il pas de retrouver sur un pilier des arceaux au Peyrou la photo légendaire de Jean Moulin, qui n’a pas d’âge et continue de briller comme une étoile d’espérance dans notre ciel. Nous pouvons tenter de saisir dans son regard lumineux, reflet d’une âme ardente, les messages d’actualité qu’il nous transmet, pour nous aider aujourd’hui à comprendre la vie et, non pas à nous indigner banalement, mais à avoir le courage de dire non à ce qui est inacceptable pour la moralité publique, pour la dignité de l’homme et pour l’intérêt de la France.


En tant qu’homme, Jean Moulin aimait la vie. Il était fait pour la joie de vivre. Il n’avait pas la vocation de la souffrance et du martyre, seul l’appel des circonstances a fait surgir son âme de héros tragique.

Tout jeune garçon de Béziers, il était plein d’énergie, rieur, intelligent et dissipé ; comme étudiant à la Faculté de Droit à Montpellier il aimait la fête ; caricaturiste de talent, il avait une âme d’artiste ; épris de sport, séducteur et sensible aux charmes de la vie sentimentale, il était animé d’une passion du cœur pour sa famille, ses amis, et particulièrement sa mère et sa sœur.

En dépit des incertitudes de l’entre-deux-guerres, contrairement à notre goût pour le malaise dépressif, il faisait confiance à l’avenir et savait saisir l’esprit de la jeunesse pour construire son bonheur.


L’homme de l’État illustre la vertu du service pour un idéal qui grandit l’homme au-dessus de lui-même. Tout au long de son parcours préfectoral il n’a pas recherché la réussite professionnelle, loin des courtisaneries et des affamés de profits personnels, mais il a assumé le sort que la nation lui destinait. Il a suivi les étapes normales qui l’ont conduit du cabinet du préfet de l’Hérault, au cabinet du préfet de la Savoie, ensuite à la sous-préfecture d’Albertville comme le plus jeune sous-préfet de France, ensuite dans le Finistère à Châteaulin, secrétaire général de la Somme à Amiens, il a été le plus jeune préfet nommé dans l’Aveyron à Rodez , d’où il rejoindra le terme de son parcours à la préfecture d’Eure-et-Loir à Chartres, à la veille du déclenchement de la deuxième guerre mondiale.

Par son comportement, il a su donner un visage humain à l’administration et il s’est attiré les compliments des élus qu’il côtoyait. Dans la Somme, on a apprécié « sa civilité, son sourire, sa simplicité ». Un notable breton l’a jugé «  très ancré dans ses convictions de républicain et trop intelligent pour être sectaire ». Paul Ramadier, parlementaire aveyronnais, reconnaissait que «  l’administration était pour lui un gouvernement des hommes qui cherchait toujours le chemin de la raison et le chemin du cœur ».

Il nous laisse le message de la noblesse du serviteur de la nation, qui ne cherche pas le pouvoir à prendre mais cultive l’idéal du service à rendre.

Cet état d’esprit de détachement de tout intérêt personnel l’animera jusqu’au dernier moment. À Lyon alors que son secrétaire Daniel Cordier exprime le souhait qu’il puisse être chef du gouvernement à la Libération, Jean Moulin répond, avec un regard amusé et spontanément : « Après la Libération, je me consacrerai à la peinture. Vous oubliez que je suis peintre. » Quel beau témoignage de désintéressement personnel, une fois la rude mission accomplie !


À Chartres, face à la barbarie, il proclame la vertu de l’honneur. Refusant la compromission, il choisit de dire non, face à l’autorité militaire allemande, qu’il accueille à la porte de la préfecture, debout et en uniforme de préfet, seul car tous les responsables ont fui la ville. Il n’accepte pas de signer une proclamation odieuse et raciste qui déshonore l’armée française et nos soldats africains. Il choisit d’en subir les conséquences : il est battu et jeté dans une cellule. Redoutant sa propre faiblesse («  je sais qu’aujourd’hui je suis allé jusqu’à la limite de la résistance. Je sais aussi que demain, si cela recommence, je finirai par signer. Tout plutôt que cela, tout, même la mort ». Il préfère se trancher la gorge. Le matin la sentinelle est horrifiée de voir cet homme qui le regarde, debout, l’uniforme couvert de sang, un trou béant à la gorge.

Son attitude est faite de sérénité et de droiture, lui qui n’était pas prédestiné au malheur. Dans cet esprit il écrit à sa mère : «  je ne savais pas que c’était si simple de faire son devoir quand on est en danger ».

Il accepte alors le sort du rebelle. Révoqué par le gouvernement de Vichy, il fait ses adieux aux maires d’Eure-et-Loir dans une lettre émouvante : «  Après 23 années passées au service de la République, je pars sans amertume, conscient d’avoir rempli ma tâche sans défaillance. Je n’oublie pas tout ce que je dois aux maires de ce département qui m’avez honoré de votre confiance et qui en toutes circonstances avez été mes plus fidèles soutiens. Vous permettrez que ma dernière pensée soit pour vous exprimer ma profonde reconnaissance et pour vous dire aussi ma foi immuable dans les destinées de la France.  » Ainsi Jean Moulin rappelle la force de l’axe républicain qui unit par tous les temps, surtout les pires, les maires et le préfet.

La leçon de Chartres nous rappelle qu’aujourd’hui encore on peut redouter la barbarie qui menace notre société républicaine. Jean Moulin nous fait prendre conscience qu’il existe dans l’homme des réserves insoupçonnées d’une force invincible qui le dresse face aux circonstances du malheur.


À Lyon, dans la clandestinité et pourchassé par le danger de tous les instants, comme délégué du général de Gaulle chargé d’unifier les mouvements de Résistance, il va pendant trois ans illustrer la vertu du devoir et mener le combat pour l’unité nationale. À Londres oû il a rejoint le chef de la France libre, celui-ci l’a choisi parce qu’il était préfet, donc chargé par vocation de rassembler et de réconcilier les Français. Lorsqu’on faisait état du risque d’un engagement partisan, il suffisait à de Gaulle de demander : «  Est-il national ? ».

Dans sa mission de fédérateur des multiples et différents mouvements de résistance il a eu à souffrir des querelles françaises, des partis politiques, des ambitions de pouvoir et des jalousies personnelles. Il exprime ainsi sa douloureuse déception, quelques jours avant son arrestation : «  les Français ne changeront jamais ! Même dans les situations désespérées, ils sont incapables de s’unir. Et les mouvements se comportent comme si nous avions déjà gagné pour établir leur pouvoir.  »

Il a payé cher le prix de cette lutte fratricide. Face à l’ennemi étranger, il va subir de la part de certains amis la trahison qui le conduira au martyre. Les divisions intérieures ont toujours menacé l’intérêt national.

Mais il ira au bout de sa difficile mission en présidant le premier Conseil National de la Résistance le 27 mai 1943 dans un appartement à Paris et en faisant adopter le programme d’une exaltante ambition nationale, annonçant les grandes réformes de la démocratie, de la sécurité sociale, de l’instruction, des retraites, et prescrivant que «  la mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n’est qu’en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la nation que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité.  »

Quelle troublante actualité et quelle leçon pour notre génération ! Non pas des discours, mais un programme ! Un mois après, Jean Moulin était arrêté à Caluire, le 21 juin 1943. Il y a aujourd’hui 70 ans.



Après l’ombre de la clandestinité, voici venue pour Jean Moulin la nuit glorieuse du martyre et le devoir courageux du silence, ce qui est une autre façon de briller devant le tribunal de l’Histoire.

Emprisonné à Lyon, torturé à mort par l’ignoble et monstrueux Barbie, défiguré et détruit, il est transféré à Paris, puis en Allemagne et il meurt lors de son transport en gare de Metz le 8 juillet 1943.Il avait 44 ans.

Oui, Albert Camus a raison : «  Il ne faut croire qu’aux témoins qui acceptent de se faire tuer ». Les Commissaires de la République de 1944, dont Raymond Aubrac, arrêté avec Jean Moulin, ont suivi l’exemple du héros de la Résistance. De nos jours, en 1998, notre collègue Claude Érignac, préfet de région de Corse, a pris place dans la noble lignée des martyrs de la République.

La France est toujours confrontée à l’épreuve de la survie, de la division et de la perte de l’idéal. Toute désespérance doit être exclue car toute crise fait surgir les meilleurs de nos concitoyens. C’est la jeunesse, à laquelle André Malraux s’est adressé, qui attend un message de la République pour poursuivre sa quête d’idéal.


Sur le plateau aveyronnais de l’Aubrac, en pleine bourrasque de l’hiver, des pierres plantées rassuraient et guidaient le pèlerin voyageur égaré dans la tempête. Dans notre monde, privé de repères et tourmenté, sachons découvrir les grands témoins de l’Espérance, qui nous redonnent l’envie d’aimer la France et de la servir !


Paul BERNARD



Date de création : 11/01/2010 - 19:47
Dernière modification : 15/09/2013 - 21:05
Catégorie : Hommages à Jean Moulin
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par Riez le 24/10/2012 - 10:49

Hommage et respect a vous Messieurs .
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